Le Siphon : Toucher le fond et rebondir

Posted on juin 5, 2012

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Le Siphon, c’est le nom de la pièce écrite par Aurélien Rousseau et mise en scène par Ximun Fuchs.  Un nom prédestiné et approprié pour cette représentation jouée par la compagnie Le Petit Théâtre de Pain, du 29 mai au 2 juin derniers, au Festival Agit au Vert à Toulouse. Une descente dans les abysses humaines où étrangement la condition humaine s’exprime le mieux.

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Quoi de mieux que le métro pour une pièce nommée Siphon ? Tout commence par le conducteur d’une rame de métro qui refuse de changer de ligne. Viennent ensuite deux sœurs. L’une, meurtrière, tue dans le métro pour trouver une raison à la mort de son père disparu dans l’indifférence générale. L’autre, est une barrière fragile à la folie de la première. Il y a aussi un commissaire au bout du rouleau et son adjoint, l’un des personnages le plus terre à terre  de la pièce. Et puis comme cela ne suffisait pas, l’auteur à rajouter une mère en galère n’assumant plus sa fille et un homme amoureux d’une prostituée spécialiste de la simulation d’orgasme.

Fuir

Dans ce fatras narratif, se retrouver est une gageure. Un point commun rassemble les personnages : le néant les fascine. Voilà ce qui les pousse à transgresser les normes ou à en avoir l’envie. Ainsi du conducteur de métro qui se refugie dans sa rame pour fuir la lumière. Ou bien de cette mère abandonnant sa fille sur le quai pour fuir sa misère, comme la tueuse fuyant son humanité. Le commissaire ne fait pas mieux : il fuit ses responsabilités. Le maitre mot : fuir. Plus qu’un verbe ici, une rédemption. D’ailleurs l’auteur, Aurélien Rousseau, le dit lui-même. Deux états coexistent : celui du lâche et celui de grâce. L’un vous conduit à « fuir la lumière et sa cruauté », l’autre à « fuir sa peur et prendre appui […] pour tenter de bousculer l’ordonnancement ». Le metteur en scène  cherche à aller au fond des choses. Enlever la bonde pour vider l’évier de l’humanité. Et, tout remettre à zéro.

Dans ce spectacle, on comprend vite que la première impression est la mauvaise. Celle-ci nous rend mal à l’aise. Elle nous confronte à des sentiments que l’on ne veut pas forcement voir et à des démons que l’on ne veut pas forcement affronter. Et puis cela change. Nos sens perçoivent autre chose. Quelque chose d’infime dans le jeu et la psychologie des personnages. Sous la croute, il y a malgré tout du sang qui bat. Contre la société, friande d’étiquette, ces êtres marginalisés vont trouver ensemble leur bonheur.

Lire entre les lignes

Pour apprécier Siphon, il faut s’accrocher. Entre la trame et les flashback, entre les personnages et les chiens qui soudain apparaissent, dévoreurs, guides, ou gardiens, il y a une histoire dense et terrible. La folie de la sœur meurtrière est presque perceptible. La retraite du commissaire, abîmé par la vie, est admise. Les comédiens donnent tout et plus encore. Leur performance impressionne.

Un mot enfin de la mise en scène, minimaliste et efficace. En deux heures et demie, Ximun Fuchs rend vivant et compréhensible le récit chaotique. Au dessus de la scène, la structure métallique reconstitue tout à tour les galeries du métro, la cabine de pilotage de la rame, une cathédrale souterraine dans les catacombes et un final à l’autre bout de l’Europe. Le public est transporté. On en dira pas plus.

Le Siphon, c’est une pièce où il faut lire entre les lignes. Une histoire qui recèle de perles sur la compréhension humaines. Une satire sociale qui critique cette manière d’omettre les coins les plus sombres de l’Homme. Une oeuvre qui choque, met mal à l’aise et fait rire. Une oeuvre à voir sans hésiter car elle nous donne une chose dont nous avons tous besoin : une claque.

Nathan Poaouteta

(Crédit photo : Djeyo/Le clou dans la planche, Pascal Fellonneau & Guillaume Méziat )

Informations : http://www.lepetittheatredepain.com/fr/spectacles/le-siphon )

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