Dans les coulisses du spectacle d’Alexandre Astier

Posted on novembre 1, 2012

1


Les 22 et 23 octobre dernier, Alexandre Astier – le créateur de « Kaamelott » – rendait hommage à Bach lors d’un one-man-show déjanté à Odyssud, à Blagnac. Poussé par notre curiosité, nous souhaitions vivre ce moment différemment en assistant à l’assemblage scénique du spectacle, étape fermée au public. La veille de la première, nous nous sommes rendus sur place pour assister au montage. Le jour suivant, nous avons observé le spectacle depuis les coulisses. Balade dans l’envers du décor.

Dimanche 16h, nous entrons par l’arrière du vaste bâtiment d’Odyssud. La petite porte réservée au personnel mène directement à la scène. 30 mètres de large, 20 mètres de profondeur et plus de 9 mètres de hauteur, les dimensions du plateau sont impressionnantes. À notre arrivée, l’équipe technique installe déjà les pendrillons. Ces grands tissus noirs limitent l’espace entre la scène et les coulisses, tout en créant un plafond virtuel qui permet de masquer les projecteurs. Pour que la magie soit préservée, certains éléments de construction sont systématiquement occultés. C’est tout le paradoxe de la régie, secteur indispensable mais condamné à l’ombre.

Un travail d’équipe

Comment travaillent ces professionnels sans qui le spectacle ne pourrait avoir lieu ? « Le montage n’est que l’aboutissement d’un long travail de préparation, explique Guillaume Arnaud, le régisseur principal. Suite au feu vert de la direction artistique d’Odyssud, la régie technique mène une étude de faisabilité et se penche sur la fiche technique, qui regroupe les demandes de matériel nécessaire au déroulement du spectacle ».

Cette collaboration avec ses homologues-régisseurs est déterminante : « Il faut vraiment être précis. On fait le même métier, mais on a des impératifs différents. Ici, nous devons nous adapter aux spécificités du spectacle. De leur côté, ils doivent prendre en compte les capacités d’accueil de la salle et le matériel qu’on a à disposition ». Les artistes, eux, ne sont quasiment jamais en lien avec la technique, même si cela peut arriver « dans de très rares cas ». Au fur et à mesure de la préparation, les demandes s’affinent jusqu’à la formation des équipes de monteurs, où les plannings sont déterminés en fonction des délais. Pendant le montage, les régisseurs se rencontrent et procèdent ensemble au réglage de l’installation comme ce dimanche à la veille du spectacle.

Perchés dans des nacelles électriques, les techniciens lumière règlent les projecteurs sur le plateau à plus de 8 mètres de hauteur. « Plus que 70 projecteurs à faire !, glisse l’un d’eux. « Après les effets de lumière sont enregistrés. La mise en scène est très précise pour le théâtre. C’est très différent du concert, où le réglage est davantage manuel ». Au sol, l’équipe d’Alexandre Astier dirige la manœuvre pour que le fil conducteur du spectacle soit scrupuleusement respecté. Au fond de la scène, on aperçoit le clavecin utilisé par l’artiste. Il sera accordé au dernier moment, le jour du spectacle.

Lumière !

Le lendemain soir, nous accédons aux coulisses. Le silence est tel qu’on ose à peine fouler les planches de la grande scène. Il est 20h. Seul face au clavier dans une salle encore vide, l’humoriste répète une dernière fois ses gammes de Bach. Derrière le rideau, Michael, le régisseur plateau d’Odyssud prévient tous les membres du staff technique : le spectacle sera décalé de cinq minutes pour cause d’embouteillage sur la rocade. Toute l’équipe est reliée par micros interposés. À chaque signal des régisseurs de la compagnie, Michael lance les effets de décor voulus : « Quand ils me donnent le top, j’actionne les porteuses qui guident les changements de portillon. Là c’est un one-man-show, je dois surtout veiller à l’ouverture et à la fermeture des rideaux, et à des petits effets de plateau. Nous avons un autre rôle : on dit que nous sommes en baby-sitting de la régie. Comme nous connaissons bien la salle, nous savons comment réagir en cas de problème. L’imprévu fait partie du métier, c’est le spectacle vivant ! ».

Entre-temps, la salle s’est remplie. Le spectacle peut commencer. Pendant plus d’une heure et demie, Alexandre Astier surprend un public épaté par son double talent de comédien et de musicien. La communion simultanée des deux disciplines relève de la performance. Côté coulisses, un des régisseurs de la compagnie s’occupe des accessoires en naviguant entre les rideaux. Alors que le spectacle touche à sa fin, l’habilleuse entre en action. Avec dextérité, elle procède à un rapide changement de costume, un « précipité », pour la dernière scène. Le salut final déclenche un tonnerre d’applaudissements. Dix minutes plus tard, la salle est à nouveau vide, et le silence reprend le dessus. La soirée n’est pas terminée pour les techniciens… qui se lancent déjà dans la préparation du spectacle du lendemain.

Photos et textes par Paul Muselet

Posted in: Reportage