Supdeco Toulouse à l’heure américaine

Posted on novembre 10, 2012

0


Dans la nuit de mardi, les portes de l’Ecole supérieure de commerce (ESC) sont restées ouvertes pour la soirée électorale étasunienne. En présence de Rachel Schneller, la consule des Etats-Unis, l’ESC a réuni étudiants et enseignants autour des expatriés américains et d’associations pour suivre les premiers résultats et surtout, pour fêter l’Amérique.

Boulevard Lascrosses, l’entrée de l’école est pavoisée de guirlandes tricolores. On pénètre dans le hall, au milieu d’une haie d’honneur formée par des étudiants vêtus du chapeau de l’oncle Sam. L’accueil est chaleureux, l’ambiance, joyeuse. Des portraits à taille humaine des deux candidats à la Maison blanche sont posés ça et là. Les arrivants posent en photo à côté. Au bout du hall d’entrée, le bureau de l’accue

il s’est reconverti en bureau de vote fictif. Chacun est libre d’y voter, même s’il n’est pas américain. Afin de garantir un semblant de suspense, l’électeur se fait tamponner la main. Pas de bourrage d’urne à Toulouse.

Les étudiants de l’ESC sont les plus nombreux. Venus en curieux pour la plupart, d’autres participent à l’organisation. L’un d’eux vend des canettes de soda à 2 euros pour le compte de l’école. Business is business. « Je m’intéresse à cette élection parce que j’ai suivi un cursus international, explique-t-il, mais j’ai hâte d’en finir parce qu’on en a beaucoup bouffé de cette campagne. ». Un peu plus loin, Marina, étudiante en première année est venue en observatrice. « Je ne suis pas passionnée par la politique américaine, avoue-t-elle. Je voulais m’inspirer de cette soirée pour organiser une journée similaire dans le cadre de mon association. »

Des militants des deux partis

À part les étudiants, peu de trentenaires, plutôt des retraités militants qui semblent connaître les lieux. Ghislain, un petit moustachu bon vivant et enthousiaste, est marié à une américaine. Il était déjà là il y a quatre ans lors de la précédente élection présidentielle. « Je crois dur comme fer à la victoire d’Obama, assure-t-il le sourire aux lèvres. Mais cette campagne est plus tendue. Je sens un racisme latent aux Etats-Unis. La couleur de peau du président n’est pas encore tout à fait acceptée par tous les Américains. Beaucoup rejettent l’Obamacare. Je ne comprend pas pourquoi. C’est un système essentiel. » Pour cette ancien employé d’Air France, « Romney c’est le pouvoir de l’argent à la tête de l’Etat. »

Juste derrière, les républicains se font plus discrets que leurs compatriotes démocrates. Paul, Américain et prof d’anglais, vit à Toulouse depuis sept ans. Grand, imposant, barbu et déterminé, il défend sa cause :« Vous savez, il y a quand-même pas mal de Français qui n’osent pas le dire tout haut mais qui me glissent à l’oreille qu’ils aiment bien Romney ». « Ce n’est pas trop accepté d’être républicain ici ». Pourquoi vote-t-il Romney ? « Parce que les républicains vont relever le pays de quatre ans d’une politique dramatique pour l’emploi. Obama n’a pas réussi à améliorer la situation. Romney saura développer le potentiel économique des Etats-Unis. »

Un spectacle pour passer le temps

Alors que les estimations passionnent les plus assidus, un spectacle de danse country se produit non loin. La vingtaine de danseuses du club de danse country de Mirepoix-sur-Tarn mènent avec le plus grand sérieux une chorégraphie très mimétique sur un air de Far West. Le public les encourage en frappant des mains. « On danse souvent pour des associations lors de spectacles caritatifs, souffle Josette, la présidente, à la fin du show. Mais c’est la première fois que nous sommes conviées à la nuit électorale. C’est un immense plaisir. »

Concert Gospel

Alors que les heures passent et que le vote n’est toujours pas clos, une nouvelle animation se met en place pour faire patienter les participants. Dans le grand amphithéâtre, une voix superbe retentit. Sous leur voile de soie rose, trois solistes chantent un gospel puissant et joyeux. Le public tape dans des mains au rythme des « Alléluia ». Il est une heure du matin, l’ensemble de la chorale s’assemble sur la scène. L’assistance reprend en chœur « Oh Happy Day ». Les premiers chiffres ne vont pas tarder à tomber.

Le verdict des urnes commence à tomber

L’heure se fait tardive, on cligne des yeux pour se réveiller. Enfin les premiers résultats ! Le Vermont pour Obama, le Kentucky et l’Indiana pour Romney. Aucune surprise ici. Et aucune surprise avant un long moment. Les fameux swing states sont encore loin d’avoir parlé. Il n’y a plus d’autre animation que l’écran géant qui passe CNN en boucle dans l’amphi. On ne s’attend pas à une tendance nette avant 4h ou 5h du matin. Fatigués, les participants commencent à partir peu à peu. Romney remporte la Géorgie, la Caroline du sud, la Virginie occidentale et le Kentucky mais les démocrates sont confiants. La Floride, swing state par excellence, plutôt promis à Romney par les sondages, est en ballotage très serrée. Obama y passe même (très légèrement) en tête au fil d’un dépouillement lancinant égrené en direct. Comme en 2000, c’est le sort du « Sunshine state » qui va tenir laborieusement éveillés les derniers survivants de cette soirée.

Chacun s’accroche à la Floride en baillant, comme un enfant à son ours en peluche. L’amphi continue de se vider par petits groupes. Ceux qui se cherchent une bonne raison pour justifier leur dérobade évoquent une énième fois l’élection de 2000 : ils se prennent à croire qu’à leur réveil le suspense sera intact ! Pas cette nuit. Vers 4h, le New Hampshire, petit état-clé, passe à Obama. Une heure plus tard, il sera suivi par l’Iowa et l’Ohio. La réélection du président est assurée : tout le monde anticipe le choix du très démocrate mastodonte californien.

La fête interrompue

Comment la soirée Supdeco a-t-elle accueilli le résultat ? On ne le saura pas. À 3h50, les derniers politologues insomniaques furent priés de rentrer chez eux « mais de jeter leurs assiettes et gobelets en plastique d’abord ». Il n’y avait plus de mondanités, plus de carnet d’adresse à garnir. Les mines épuisées n’étaient plus photogéniques. L’école de commerce aime les Etats Unis, le message est passé et c’est bien l’essentiel. À l’heure américaine, l’ESC Toulouse ? Assurément. Mais pas trop tard quand-même, il y a des limites.

Textes et photos : Bénédicte Poirier, Alice Fabre, Pierre-Maël Tisnès, Johan Tabau, Jean-Marie Bordry

Posted in: Reportage