Café de l’actu : Les élections américaines, qu’en pensent les étudiants ?

Posted on décembre 5, 2012

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De gauche à droite :Tookie, 20 ans, canadienne, étudiante à l’Ecole de commerce de Toulouse ; Matias, 30 ans, Argentin, élève en école d’ingénieur aéronautique à Toulouse ; Cyril, 20 ans, élève à l’Ecole Navale de Brest.

De gauche à droite : Tookie, 20 ans, canadienne, étudiante à l’école de commerce de Toulouse ; Matias, 30 ans, Argentin, élève en école d’ingénieur aéronautique à Toulouse ; Cyril, 20 ans, élève à l’école Navale de Brest.

La campagne américaine a tenu les médias en haleine pendant des semaines. Obama fraîchement réélu, Diselo est allé à la rencontre d’étudiants d’horizons différents afin de recueillir leurs impressions. Tookie est une étudiante canadienne de l’ESC Toulouse. Matias, Argentin, étudie pour sa part dans une école d’ingénieure aéronautique. Cyril, quant à lui, est un élève de l’Ecole Navale de Brest, de passage dans la Ville rose. Regards croisés sur l’homme le plus puissant du monde, et le pays qu’il va continuer à gouverner pour les quatre prochaines années.

 

Avez-vous suivi la campagne américaine ?

Tookie : Oui, je viens du Canada, c’est important là-bas. Le Canada c’est la petite sœur des Etats-Unis. Le Premier ministre y est vraiment ennuyant alors, c’est plus intéressant de suivre la campagne américaine. Il y a deux choses que n’a pas le Canada et qu’ont les Etats-Unis : l’engagement politique des citoyens et la passion. Les Canadiens ne sont pas engagés politiquement. Ils sont vraiment neutres, sauf à propos de la légalisation de marijuana par exemple (rires). Aux Etats-Unis, les gens sont plus passionnés. Du coup, nous sommes vraiment intéressés par cet engouement que les gens ont pour la campagne américaine. Et puis, Romney et Obama sont beaucoup plus opposés que nos politiques.

Matias : Il y a des années, je l’aurais surement suivi. Mon père vivait aux USA et je m’intéressais aux infos de là-bas. Maintenant, ce n’est pas important pour moi. Le gouvernement argentin trouve que les États-Unis prennent trop de place. On veut mettre ça de côté. Donc on n’en parle pas trop.

Cyril : Moi, je n’ai pas trop suivi la campagne. J’ai eu l’impression que la France se réveillait une semaine avant. Ça m’a un peu saoulé. J’ai préféré me focaliser sur l’actualité de mon pays plutôt que sur celle des États-Unis. Et puis, je trouve que les gens qui commentaient n’étaient pas très qualifiés. Ils disaient tous plus ou moins la même chose.

Pour vous, est-ce que les États-Unis reste un modèle ?

Tookie : Ici, beaucoup de personnes me disent que j’ai un accent américain. Sauf qu’il y a une différence. Les Canadiens sont très calmes, polis et amicaux (rires) alors que les Américains sont très démonstratifs de leurs engagements, et surtout moins polis. Ils sont un peu trop centrés sur eux. Il y a aussi plusieurs choses au Canada ou en Europe qui sont meilleurs qu’aux États-Unis, comme le système de santé par exemple. Et puis je trouve qu’il y a des pays plus consensuels, qui accordent plus d’importance à leurs citoyens et à ce qu’ils veulent exprimer.

Matias : Je ne pense pas qu’ils soient un modèle ou alors c’est un vieux modèle. En Argentine, on cherche un modèle différent, beaucoup plus à gauche, plus redistributif des richesses.

Tookie : Si je peux ajouter quelque chose, beaucoup de gens disent qu’Obama c’est la gauche mais au Canada même Stephen Harper (actuel Premier ministre du Canada -ndlr) est plus à gauche qu’Obama. C’est important de le dire. Obama est révolutionnaire pour les États-Unis, mais pour les autres pays il ne change pas grand chose.

Cyril : Les États-Unis restent quand même un modèle suivi dans le monde entier. C’est sur les mêmes recettes que l’Inde ou la Chine fondent leur puissance : le capitalisme. C’est ça qu’incarnent les Etats-Unis, même si Obama s’appuie sur le modèle social de santé en France pour faire ce qu’il a fait. On se rend compte que c’est quand même les Etats-Unis qui impriment leur marque sur le monde entier. On ne peut pas tout bouleverser radicalement ni changer de modèle d’un coup.

Vous pensez que l’Amérique est en déclin ?

Matias : Non, je crois qu’elle est toujours aussi puissante.

Tookie : Je n’irais pas jusque là mais ils sont moins puissants qu’avant. C’est vraiment avec Obama que c’est devenu comme ça. Même si Obama n’est pas si révolutionnaire, il est plus universel. Les choses changent.

Cyril : C’est dur de dire s’ils sont en déclin ou pas. Il est trop tôt pour en juger. Ils ont la capacité internationale à faire porter leur voix. Ils ont toujours cette flotte de porte-avions qui peut intervenir partout. Aucun pays n’a ça. C’est ce qui en fait encore une grande puissance.

Que pensez-vous du rapport entre les États-Unis et le reste du monde ?

Matias : C’est très particulier. Ils essayent de faire faire aux autres ce qu’ils veulent, d’être les leaders du monde. Ils ont toujours fait ça. Je pense, j’espère, que le jour où un autre pays sera capable de concurrencer les États-Unis, il deviendra le nouveau leader. Mais pour l’instant, il n’y a que ce pays là pour l’être. La Chine ne peut pas être le leader car il y a trop de différences, tant au niveau du langage que du système politique.

Tookie : Les États-Unis utilisent beaucoup la force. Je ne sais pas s’ils ont de meilleures relations avec les pays européens, mais les relations avec le reste du monde ne sont pas aussi bonnes qu’elles pourraient l’être, car c’est vraiment le pays dominant que tous les autres suivent. À propos de la Chine, je ne pense pas que ça soit possible qu’elle prenne la place des États-Unis. La Chine agit d’une façon agressive, et ça serait une régression pour nous. Les gens seraient choqués que la Chine prennent les rênes car on n’a vraiment pas le même standard de vie. Ça serait vraiment bizarre.

Cyril : La conception qu’ont les États-Unis des relations internationales agace de plus en plus les autres pays. Ils ont une conception qui date encore de 1945 alors qu’on s’en éloigne de plus en plus. Mais pour au moins 10 ans, ils auront toujours une telle puissance commerciale, politique et diplomatique, qu’on ne pourra pas changer de leader. Je pense qu’il y aura sûrement un changement qui va s’opérer dans quelques temps dès lors que les États-Unis ne pourront plus assurer la mainmise qu’ils ont sur les relations internationales.

Tookie : Il faudrait quelque chose d’énorme pour que les États-Unis ne soient plus la première puissance mondiale. Je ne crois pas que ça risque d’arriver.

Que pensez-vous concrètement de la réélection d’Obama ?

Matias : C’est bien qu’il ait été réélu, si le peuple veut qu’il soit là. Mais je ne sais pas ce que le monde en pense en général.

Tookie : Je pense qu’il est mieux que Romney même s’il n’est pas si révolutionnaire que ça. Aux États-Unis ou au Canada, les présidents ont un mandat de seulement quatre ans. On attend d’eux qu’ils règlent tous les problèmes des quarante dernières années. Ce n’est pas suffisant. Obama a quatre ans de plus pour améliorer la situation aux Etats-Unis, c’est une bonne chose.

Cyril : C’est bien d’assurer une continuité, plutôt que d’élire Romney qui a retourné sa veste plusieurs fois au cours de la campagne. Après, en tant que Français on ne connaît pas vraiment la différence entre les deux. Obama a été élu pour sauvegarder les intérêts de son pays et pas ceux du monde. Mais personnellement, je suis quand même content qu’il ait été réélu.

Changeons le passé et imaginons que Romney ait gagné. Vos réactions ?

Matias : Je serais étonné. C’est bien qu’il y ait eu la réélection d’Obama car il peut continuer son action. Ca aurait été dommage que Romney l’emporte.

Tookie : Quand j’ai regardé qui avait gagné, le temps que la page s’affiche, je retenais mon souffle. J’étais vraiment inquiète. Quand j’ai su qu’Obama avait été élu, je me suis exclamé « Thank God». Alors si ça avait été le contraire… Si j’avais vu que Romney avait gagné j’aurais dit « Ok, that’s not good». J’ai vu un graphique du monde sur internet, et tous les pays étaient pro-Obama. Alors si Romney avait été élu, ça aurait été vraiment triste.

Cyril : J’aurais été vraiment surpris car ça semblait plus que bien engagé pour Obama. Dans la foulée je me serais demandé quelles auraient été les conséquences internationales, notamment sur l’évolution des conflits en cours. Je ne sais pas comment le peuple américain aurait réagi. Après toutes ces réformes sociales, je ne sais pas s’il aurait accepté que tout soit remis en cause. Ça aurait été un grand bouleversement je pense.

Quelque chose à ajouter ?

Tookie : Obama a été élu le mardi 6 novembre. Le mercredi le site qui aurait été créé si Romney avait été élu a été mis en ligne. On pouvait y lire que la première mesure de Romney était de détruire l’Obamacare (réforme du système de santé américain – ndlr). C’était la seule chose qu’il avait promis de ne pas faire. Pour moi, cela démontre bien le style de politique à laquelle les américains ont échappé.

Textes et photo de Jean-Marie Bordry, Bénédicte Poirier, Alice Fabre

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