Dans les coulisses du Restaurant social du Ramier

Posted on décembre 5, 2012

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Héritier direct de la « soupe populaire », c’est au restaurant social de l’Ile du Ramier que la mairie accueille les laissés pour compte. Qu’ils soient résidents ou simplement  de passage  à Toulouse, le « resto », comme ils l’appellent, est devenu un élément central  du quotidien de beaucoup d’entre eux. Une nécessité aussi. Tandis que la crise économique et les plans d’austérité occupent la majeure partie de l’actualité, Diselo a voulu s’intéresser à ceux qui en sont les premières victimes et bien sûr, à ceux, qui les aident un peu chaque jour.

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Contrairement aux boîtes de nuit du voisinage, le restaurant social ne fait pas franchement dans le bling bling. Située au 10 avenue du grand Ramier au fond d’une petite cour, cachée par quelques arbres,  la bâtisse est, on en peut plus, discrète. Décor un peu austère qui contraste avec une ambiance souvent « animée ».

10h du matin. Quelques usagers patientent devant le bâtiment. Certains discutent ou fument en attendant leurs proches qui se trouvent à l’intérieur. En vérité, quelques-uns anticipent déjà sur la longue file d’attente qui s’étendra dès l’ouverture du réfectoire. Visiblement, les nouveaux visages intriguent et notre appareil photo en bandoulière ne passe pas inaperçu. Aussitôt passée la porte, l’ambiance change radicalement. Ça crie, ça plaisante. L’établissement vient d’ouvrir et pourtant la salle paraît saturée de monde. Ici, c’est le « point d’eau », passage obligé mais aussi véritable centre névralgique de l’établissement. Cumulant les fonctions d’accueil, de douche et de laverie, l’endroit a des allures de « café du commerce » et les quelques bancs, tous occupés, voient se mélanger les usagers. Des familles bien sûr, mais aussi des hommes seuls qui attendent en peignoir la fin de leurs machines. Première salle ouverte le matin, si le « point d’eau » peut parfois donner l’impression de ressembler à un joyeux bordel, c’est aussi un moyen pour tous de s’abriter du froid qui, en ce début d’hiver, commence à se montrer de plus en plus mordant.

800 repas par jour en hiver

Mais le restaurant social, c’est avant tout la possibilité de manger gratuitement. En moyenne, 400 repas sont servis chaque midi du lundi au samedi et autant le soir en période hivernale. Au total, ce sont plus 1000 personnes différentes qui bénéficient des prestations de l’établissement.  Devant une telle affluence, l’équipe du restaurant a dû procéder à quelques aménagements « maison » pour gérer le flot continu d’usagers. « On a installé des barrières pour former deux files d’attente, sans quoi certains doublaient et provoquaient des bagarres. » Gérer les conflits, vérifier l’identité des usagers,  c’est justement le rôle d’Eddy, l’agent de médiation. Avec sa bonne gueule de boxeur, il est de ceux à qui on ne la fait pas et connaît tous les trucs des resquilleurs. Le tout est bien organisé et  se passe aujourd’hui dans la bonne humeur. Néanmoins, il sait que les altercations entre usagers sont parfois inévitables : «  Le plus difficile, c’est pendant l’hiver quand certains arrivent alcoolisées au repas du soir. Il faut toujours rester vigilant ».

Ce qui frappe ici, c’est la grande diversité du public.  « Depuis le temps que je travaille au restaurant social, j’ai pu voir l’évolution de la situation. Le mythe du clochard vagabond avec sa barbe et sa bouteille de vin est mort. Aujourd’hui, il y a vraiment de tout, la misère touche de plus en plus de monde », explique Ahmed, un des membres de l’équipe. Pour Stephane Cazeaux, responsable du site, le constat est simple  « le monde de la précarité et de la grande marginalité est plus complexe qu’auparavant : hommes, femmes, enfants, familles, mères célibataires, publics victimes d’addictions, tous nous sollicitent. Faire cohabiter tout le monde est parfois difficile ». Le restaurant est d’ailleurs divisé en deux salles, l’une d’entre elle est réservée aux  familles, aux femmes seules et aux personnes les plus vulnérables.

 «  Le mythe du clochard vagabond avec sa barbe et sa bouteille de vin est mort. Aujourd’hui,  la misère touche de plus en plus de monde »

Autour de nous, ce jour-là, beaucoup de jeunes « zonards », « de galériens » comme ils s’appellent entre eux. Beaucoup de famille Rom aussi, dont le campement est installé juste de l’autre côté de la Garonne et qu’ils occupent essentiellement l’été : « Pour eux, on est un peu un produit d’appel » lâche le directeur, le sourire en coin.  « La réalité c’est qu’une population chasse l’autre, c’est cyclique. » Justement, cette réalité commence à agacer certains des usagers et des tensions se font parfois sentir. « Avec mon seul RSA, c’est dormir au chaud ou manger. Le problème, c’est que quand on est seul comme moi, les autorités n’ont aucune pitié et nous laissent de côté. Regarder où ils nous ont mis. Loin de la ville comme s’ils avaient honte » lâche « Titi », qui fréquente l’endroit depuis 4 ans.

Certains membres de l’équipe avouent aussi être parfois découragés face à tant de situations d’urgence «  Il faut de la patience ! Etre au point d’eau tous les jours est impossible, c’est trop usant. On s’arrange entre nous, on tourne sur les postes pour faire souffler ce qui en ont besoin. » En dépit des difficultés, certains membres de l’équipe sont fidèles au poste depuis plus de 15 ans. A l’approche de l’hiver, tous savent pourtant que le plus dur reste à venir. Avec le froid, viendra bientôt le temps des hébergements d’urgence et son lot de drames quotidiens.

Photos et texte de Lucas Burel

Posted in: Reportage