Le Croissant Fertile : Un regard sur le Proche-Orient

Posted on mars 18, 2013

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Le Croissant fertile rappelle la Mésopotamie antique, cette terre du Proche-Orient actuel, « entre deux eaux » : le Tigre et l’Euphrate. Mais c’est aussi le nom d’une association toulousaine, regroupant des citoyens du Proche-Orient arabophone : Syrie, Liban, Palestine, Irak et Jordanie. « Alhillal Alkhassib » de son nom arabe, l’association souhaite créer le dialogue autour de questions traitant de leur région d’origine. Religions, conflits mais aussi culture et politique. Les domaines ne manquent pas. 

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Les Libanais Ata Alsahwi et Rabih Amhaz militent pour un débat d’idées sur le Proche-Orient

« Etablir un pont entre l’Europe et le Proche-Orient ». C’est l’idée fondatrice de l’association du Croissant Fertile, comme le révèle son président Ata Alsahwi. Ce médecin toulousain d’origine libanaise est l’un des membre fondateurs de l’association créée en 2008. Aujourd’hui, elle compte une cinquantaine de membres. Ces Toulousains originaires du Proche-Orient ont voulu « créer un espace de rencontres et de discussions pour les habitants des pays du Croissant Fertile », qui inclut la Syrie, le Liban, la Palestine, la Jordanie et l’Irak. Une région du monde au coeur de l’actualité et des débats. Ata regrette notamment la bipolarisation du conflit syrien : « On nous demande constamment si nous sommes pour ou contre le régime de Bachar Al Assad. Mais le débat n’est pas là. La vision manichéenne des évènements en Syrie est trop réductrice ».
Pour Ata, vivre en France est une chance : « L’ouverture sur l’Europe nous permet de prendre du recul par rapport à la situation au Proche-Orient ». Depuis sa création, le Croissant Fertile a invité des intellectuels de tous bords. Pendant le blocus de Gaza en 2009, l’association a reçu le palestinien Nabil El Haggar, vice-président de l’université de Lille. Un général de l’Armée française est aussi venu discuter de la géopolitique du Proche Orient. Plus récemment, ce fut le tour du Mauricien Issa Asgarally, auteur de nombreux livres dont L’intellectuel et la guerre en 2005.

La société explorée par le cinéma et le théâtre
Mais la pensée passe aussi par la culture et le cinéma. L’association projette régulièrement des films. Ce fut le cas avec La terre parle arabe de Maryse Gargour et avec Les sels de la mer d’Annemarie Jacir. « Parfois, nous débattons autour d’un extrait de film », ajoute Rabih Amhaz, Libanais doctorant en traitement de l’image à Toulouse. Dans le film de Nadine Labaki Et maintenant on va où? , des étudiants étaient venus débattre de la place de la religion dans la société libanaise. Ceci s’inscrivait dans le cadre du thème du Croissant Fertile en 2012 : « Religion et démocratie ».

Rabih fait partie des jeunes du conseil de décision de l’association qui souhaitent « proposer de plus en plus d’événements culturels ». Le prochain objectif du Croissant fertile : se rapprocher de Wajdi Mouawad, metteur en scène de théâtre libano-canadien. « Nous essayons de le contacter pour qu’il nous parraine artistiquement », révèle Ata.
Dans son programme, l’association dispense aussi des cours de langue arabe tous les samedis matins. Rabih annonce le lancement prochain de la « La Gazette du Croissant fertile », pour communiquer les projets à venir ». Une publication qui sera disponible sur internet.

Le site Du Croissant Fertile : http://alhilalalkhassib.org

Ata : « Peur d’un désert culturel au Proche-Orient ».
Ata Alsahwi a vécu à Beyrouth (Liban) jusqu’au bac. Après des études de médecine à Montpellier, il a bourlingué entre la Réunion et le Liban, avant de s’installer à Toulouse il y a cinq ans. C’est de l’Hexagone qu’il suit les évènements en Syrie. Ata nous donne son opinion.
« J’ai peur que les évènements ne conduisent à un désert culturel. A coups de pétrodollars, les monarchies arabes risquent de nous pousser vers l’obscurantisme. Pourtant, au début de la révolution, j’étais optimiste. Je me disais que la poussée religieuse n’était qu’une étape. Mais les intellectuels sont aujourd’hui de plus en plus marginalisés. Les mouvements salafistes ont l’argent avec eux. Tout cela n’annonce rien de bon. Un point positif : la révolution a fait tomber le mur de la peur. Plus personne n’a peur d’affronter le régime. Mais la militarisation venue des Pays du Golfe a volé la Révolution. C’est l’idée de vengeance qui domine dans la population, alors qu’il faudrait penser en terme de géostratégie régionale. Au nord du Liban, on assiste à une guerre larvée. En Irak, les Sunnites et les Chiites sont au bord de l’affrontement. Tous ces évènements sont liés à ce qui se passe en Syrie. Le problème, c’est que beaucoup de jeunes voient la religion comme la solution à nos problèmes. Ils s’imaginent que l’Arabie Saoudite va nous apporter la démocratie… On peut être croyant sans tomber dans ces bêtises. Je crois en la religion en tant que prisme social. On devrait pouvoir débattre de sa place dans la société. Mais la religion est un sujet très délicat chez nous. Nous n’avons pas encore de loi civile concernant le mariage, l’héritage et toutes les affaires familiales. Personne ne s’intéresse non plus à la situation de la femme dans la cellule familiale. Pourtant, c’est un marqueur de la société.
Jusqu’ici, toutes les solutions pour sortir du marasme ont échoué. Notre objectif est clair : tenter d’offrir à nos enfants une autre réalité que celle dont nous avons hérité de nos parents. »

Matthieu Stricot et Oriane Verdier

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