Le chômage comme lieu de création

Posted on mars 21, 2013

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Nous étions au Théâtre du Pont neuf début février pour assister à la représentation de la pièce « Les 7 jours de Simon Labrosse ». Voici un petit compte rendu…

Et si la solution ne consistait pas à chercher du travail mais à réinventer le monde de l’offre et de la demande d’emploi ? Et si un chômeur pouvait être souriant quand la société et sa réalité lui tombe sur le coin de la gueule ? Une vision où au-delà de trouver un travail, le plus important est de se reconstruire sur les ruines de son estime de soi. Un seul mot d’ordre règne sur les planches, espérer. Et Simon est son porte parole.

« C’est pas ça ! Non ! Non ! Non !  » crie Léa, l’un des personnages. C’est un peu comme cela que la pièce se résumerai dans ses grandes lignes. En préambule de l’acte 1, le public doit s’attendre à quelque chose peut être pas de nouveau, mais de surprenant.

Simon n’a pas de travail et décide de réunir du monde pour y remédier. Tout comme dans une présentation tupperware, il tient à rassembler du monde pour présenter sa palette de métiers. Seul contrainte qu’il s’accorde, ces métiers sont tous fondés sur la proximité à l’être humain qu’il offre. Avec lui Nathalie et Léa, deux amies qui l’aident dans sa tâche. Léa a reçu une brique sur la tête étant enfant, depuis, elle n’arrive plus à utiliser des mots positifs, ou à être de bonne humeur. Nathalie c’est un peu la meilleure des potes qui trouve toujours l’activité inutile, comme l’apprentissage de l’ouverture et fermeture de la bouche. Ah ! Autant vous prévenir, les métiers proposés sont aussi farfelus que les personnes qui les revendiquent.

Le message dans une mise en scène sobre et efficace.

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Le Théâtre du Pont Neuf se compose de deux salles, l’une servant d’antichambre et de bar, et l’autre de scène. Les comédiens sont mêlés à la foule. La foule attend.

Lorsque soudain Simon se distingue et se présente. La pièce vient de commencer.

Le pitch est simple, Simon Labrosse est un sans-emploi. Rien d’extraordinaire. À ceci près qu’il ne cherche pas de travail. La seule différence est qu’il les inventent. Tour à tour cascadeur émotif, flatteur personnel ou remplisseur de vide. Parce que si Simon est unique, son travail doit l’être aussi.

Après avoir pris place sur les gradins et les chaises autour de la scène, les réjouissances peuvent débuter. L’intrigue, si il y en a une, est un prétexte, cela le public le comprendra à la fin de la représentation avec une chute magnifique et finalement prévisible. Le public, dont la disposition des places pourrait faire croire à une réunion des alcooliques anonymes, mais ici, la thérapie concerne la recherche de travail plus que celle de la sobriété.

la pièce se divise en « métier », chaque séquence est une présentation pratique des capacités de Simon. Le décor est sobre, quelques lampes pour souligner les traits des comédiens, et des chaises pour compléter le tout. chaque séquence commence par un aparté de Simon. Il enregistre des lettres a envoyer à Nathalie. Pas l’amie, non, la promise celle qui l’obsède. Il lui décrit des objets du quotidien, comme une voiture, du pain en tranche ou encore une télécommande. La pièce se divise en jours, tout début de séquence commence par un magistral « Le 4ème jour, Simon… » et ainsi de suite. le jeu et la scène est immersive, pas non plus exceptionnelle. Une personne de l’assistance est parfois interpellée mais la plupart du temps les spectateurs servent de support à l’histoire. Ils participent sans vraiment le savoir. Plusieurs fois ils sont pris à partie, mais sans jamais intégrer véritablement la pièce. Le tout fonctionne à plein régime, sans interruption les tours de passes scéniques marchent et séduisent.

Parce que chercher un job, c’est fun !

 Illustration 1

Vous faire une liste ou une description de tout ce qui se passe tout au long de l’heure et demie de représentation est inutile. Parce que c’est pénible et trop linéaire, parce que ce serait du  » spoil  » inutile et sadique. Simon n’apprécierait pas. Ce qui peut être dit et être écrit concerne le fond. Simon n’est pas un fou, malgré les apparences. Juste un homme qui veut une place. Alors si personne ne prend l’initiative à sa place, il fera le premier pas.

Comment ? En proposant des métiers à dimension humaine. Une belle phrase pour décrire des activités proches, très proches des services à la personne. Sur son CV, par exemple il y a « cascadeur émotif ». Pour une somme modique Simon vous proposera d’assumer à votre place tout les conflits émotifs auxquels vous ferez face. Peut être préférerez-vous «  flatteur d’ego ». Dans ce cas, peut-être l’offre la plus séduisante de Simon. Pendant une durée déterminée par un devis, Simon Labrosse sera là pour vous regarder. Comme si vous étiez unique.

Si le public reste perplexe à l’énoncé de ces activités plus bizarres les unes que les autres pas de problème. Il vous fera une démonstration pratique. À laquelle Léa et Nathalie participent. Quiconque se dira intéressé par les prestations se verra offert une carte de visite.

l’homme seul espoir pour…lui même

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L’aspect biblique de la pièce est omniprésent. Cependant ce n’est pas le propos de la pièce elle-même. Ce n’est pas le fond. Une trame littéraire uniquement, pour retrouver le spectateur sur des bases connues. Carole Frechette, l’auteure canadienne de la pièce, sait ce qu’elle fait. Pour insuffler un rythme à la pièce. Et ça marche.

Autre possibilité, si Dieu a créé le monde en 7 jours, Simon lui se donne le même timing pour construire sa vie. Des théories à propos du nom de la pièce il y en a. La pièce laisse beaucoup de moue au spectateur, lui laisse le luxe de le guider sans non plus le contraindre. Pour certains, elle sera cynique sans concession sur la société, pour d’autres un joli morceau d’optimisme. Le plus beau ? La metteuse en scène, Sylvie Fumex, laisse une grosse part d’interprétation mais tient à nous prendre la main. Surtout pour assister à la conclusion.

Les sept jours de Simon Labrosse contient quelque chose d’attractif. Des « Simon » chaque personne en a été une ou en a rencontré une. Il est une incarnation d’un mal qui s’est développé avec une globalisation est peut être trop poussée dans notre environnement. Sa place, il ne peut la trouver, pas seul en tout cas. Mais sa patience, sa volonté et son imagination démontre la possibilité d’un « après ». Il incarne la meilleure part de l’être humain.

SImon est peut-être une personne, ou juste la personnification d’un message. Celui que l’auteure veut transmettre. Ou peut être est-ce trop poussé? Alors simplement supposons une chose. Simon est un héraut, un porte parole. Il nous parle par son vécu et ses attentes. Simon c’est nous, et vice versa. Le seul métier de Simon de facto est… producteur de rêve.

D’après l’ouvrage de Carole Fréchette

Avec : Martine Costes-Souyris, Sylvie Fumex et Denis Lagrâce

Mise en scène : Sylvie Fumex assistée de Patrick Denjean

Création lumières, son et crédit photographique : Julien Simon

Par Nathan Poaouteta

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