Que cache la Nouvelle Acropole ?

Posted on avril 8, 2013

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Le 26 novembre dernier, Diselo a publié sur son site internet un article évoquant les cycles de conférences organisés par l’association Nouvelle Acropole. Suite aux inquiétudes exprimées par les internautes au sujet des activités controversées de cet organisme, le journal a décidé de mener l’enquête. Un sujet d’autant plus difficile à traiter que la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Un chat roux fait face à un miroir. A la place de son reflet, une tête de tigre. L’image est surmontée d’une formule : « La quête de soi ». Ce prospectus paru en février annonce le thème de trois conférences organisées par l’association toulousaine Nouvelle Acropole. Le choix des symboles retient l’attention. Selon Simone Risch, la présidente d’info-sectes Midi-Pyrénées, « cet organisme a deux visages » . Il se présente comme une association culturelle à vocation humaniste, mais certains observateurs voient en lui un mouvement néo-fasciste à tendance sectaire.

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Thierry Carles

Cette organisation internationale fondée en 1957 par l’argentin Jorge Livraga est implantée en France depuis 1973. La Nouvelle Acropole est aujourd’hui présente dans 50 pays.  Une section locale, l’ANAT, est installée à Toulouse, dans un centre nommé espace Hermès. Elle dispense des cours et des conférences. Selon Thierry Carles, son président, la démarche de cette association  est « de promouvoir la culture, la philosophie orientale ou occidentale, et le volontariat à travers des actions sociales et humanitaires. »

Une secte selon un rapport parlementaire

La voilà toutefois épinglée en 1995, avec 172 autres organismes, dans un rapport parlementaire réalisé au nom de la commission d’enquête sur les sectes. Ce texte indique que l’association a déjà été à l’origine de troubles à l’ordre public. Des faits « d’exploitation financière » ou encore des « cas de détournements des circuits économiques » sont aussi suspectés. En 1999 le mouvement est de nouveau mentionné dans un rapport de l’Assemblée Nationale sur les sectes et l’argent.

Mais pour Thierry Carles, « le rapport de 95 a été bâclé, et je ne suis pas le seul à le dire ». Les méthodes de réalisation de ce texte sont critiquées. Les sources utilisées ? Les données fournies par les agents des Renseignements Généraux (RG), mais aucune consultation d’universitaire ou de représentant des mouvements mis en cause. Dans son ouvrage : Je ne sais rien mais je dirai (presque) tout , le directeur des RG de l’époque, Yves Bertrand affirme lui-même : « certains groupes se sont vus un peu vite affublés du vocable de secte .»

 « En 2005, le premier ministre Jean-Pierre Raffarin a d’ailleurs signé une circulaire qui disait que la liste des sectes ne devait plus être utilisée comme référence », argumente Thierry Carles. La ratification de ce document fait en réalité suite à un constat : Elaborer des listes de groupements sectaires et concentrer l’action des pouvoirs publics sur ces derniers ne permet pas de lutter contre les dérives sectaires. La liste de mouvements annexée au rapport parlementaire de 1995 y est jugée « de moins en moins pertinente », notamment à cause de « la formation de petites structures, diffuses, mouvantes et moins aisément identifiables, qui tirent en particulier parti des possibilités de diffusion offertes par l’internet. » Ce texte ne réhabilite pas pour autant les 173 mouvements cités en 95.

La Nouvelle Acropole est-elle néo-fasciste ?

Le rapport parlementaire qui met en cause la Nouvelle Acropole, cite ce témoignage : « […] rentré dans une école de philosophie à la façade honnête, vous vous retrouvez très rapidement dans une secte aux visées politiques, au caractère extrême-droite et de type néo-fasciste […]». Pour Thierry Carles, « ce témoignage sort d’on ne sait où. La Nouvelle Acropole a toujours combattu toute forme de totalitarisme ».

Pourtant, Gérard Fodor, président de l’Association de Défense des Familles et de l’Individus victime de Sectes en Midi-Pyrénées (ADFI), n’hésite pas : « C’est le seul groupe  qu’il est possible de qualifier avec certitude de Néo-nazi. Même si il s’en cache ». D’après de nombreux documents réunis par l’ADFI et info-sectes Midi-Pyrénées, le mouvement serait composé de deux organisations : la première publique, et la seconde, paramilitaire. Simone Risch détaille : « La Nouvelle Acropole possède des forces vives composées de 3 ordres : Brigade féminine, brigade masculine, et corps de sécurité.  Il faut bien comprendre que ce n’est pas seulement en suivant des cours que vous allez être introduits dans ces organes. Il faut d’abord franchir plusieurs étapes. »

Thierry Carles nie la véracité de ces déclarations. Il regrette : « On n’a jamais pu discuter avec l’ADFI ou Info-sectes pour comprendre ce qui n’allait pas ». Le président de l’ANAT admet : « On a reconnu que certains membres de la Nouvelle Acropole avaient pété les plombs. On a reconnu que certains de nos propos pouvaient prêter à interprétation. On a peut-être fait des erreurs de communication, mais après… »

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A Toulouse, jamais aucune plainte

Difficile de savoir ce qui se passe réellement au sein de la Nouvelle Acropole. « Les informations dont nous disposons datent de 95, reconnaît Gérard Fodor, depuis la publication du rapport, certains groupes se sont faits plus discrets ». Les preuves écrites aussi, sont plus rares ces dernières années. Signe d’un assagissement ?  Pas pour Simone Risch, « dorénavant, les adeptes n’ont plus de document avec eux, au cas où ils quitteraient la secte et voudraient témoigner».

Selon elle, la Nouvelle Acropole continue de susciter des questions. Des gens se seraient encore renseignés ces derniers mois à son sujet : «Ils avaient assisté à une conférence et étaient suspicieux face aux contenus et à la non-réponse apportée à leurs questions ». Pour Thierry Carles, la seule explication possible serait : « Dans beaucoup d’associations, des gens partent fâchés et essaient de mettre des bâtons dans les roues ».

Néanmoins, aucune plainte n’a jamais été déposée contre la Nouvelle Acropole à Toulouse. Aux yeux de Gérard Fodor, c’est un problème récurrent. «Dans les affaires de dérives sectaires, quand il n’y a pas eu de conséquences sur leur santé ou de preuve d’abus financiers, les victimes ont du mal à qualifier et prouver les délits dont ils ont été l’objet », explique-t-il avant d’ajouter : « Il faut du temps pour se rendre compte et admettre qu’on a été victime d’une secte, or actuellement la durée de prescription n’est fixée qu’à trois ans
Une chose est sûre pour Pierre Montebello, professeur de philosophie à l’université du Mirail depuis une vingtaine d’années : « Ni moi ni aucun de mes collègues n’avons été conviés  à débattre avec les philosophes de la Nouvelle Acropole au cours d’une des conférences ». Il conclut : « S’il n’y a pas d’ouverture vers d’autres philosophies, c’est déjà un indice de sectarisme ».

 

Par Camille André

Le droit français ne définit pas le mot secte

 

Qu’est-ce qu’une secte, et qu’est-ce qui n’en est pas une?  En France, difficile de répondre à cette question. Et pour cause ! Il n’existe pas de définition juridique de la secte. En vertu du principe de laïcité, le droit français a refusé de définir le fait religieux ou spirituel.

Concrètement, dans l’Hexagone, l’existence des sectes n’est donc pas interdite. Ce sont les manifestations de dérives sectaires qui peuvent l’être, à condition qu’elles entrent en contradiction avec le droit civil ou le droit pénal.

Pour détecter les groupes sectaires, les pouvoirs publics et les associations s’appuient sur une grille d’indices. Parmi eux : les plaintes déposées contre l’organisme, le contenu désocialisant de la littérature diffusée, l’exploitation des adeptes, l’absence de transparence dans les finances et la gestion associative et administrative, les ruptures familiales et sociales demandées aux adeptes, l’obéissance totale exigée, les promesses mirifiques, ou encore la volonté de gestion totalitaire de tous les aspects de la vie de l’adepte.

Droit de réponse de la part de la Nouvelle Acropole :

Suite à l’article paru dans le journal Diselo n°14 en pages 7 à 9 sous le titre « Que cache Nouvelle Acropole ? », l’association Nouvelle Acropole Toulouse précise :

« Nouvelle Acropole est un mouvement international qui, depuis sa création en 1957, a toujours promu un idéal de fraternité universelle, basée sur le respect de la dignité humaine, au-delà des différences raciales, sexuelles, culturelles, religieuses, sociales, etc. Ce qui est d’ailleurs l’un des trois principes de sa charte internationale.

Le rapport parlementaire, qui a presque 20 ans, vise un témoignage anonyme,  dont la valeur est donc très limitée. Rappelons que les groupes visés dans ce rapport, pas plus que les spécialistes des questions philosophiques, sociologiques et religieuses n’ont pas été entendus, ce qui est surprenant dans un pays qui se dit démocratique et républicain.

Si rien de plus, et surtout aucune infraction, ne peuvent être opposés à Nouvelle Acropole, alors, pourquoi toute cette polémique ?

L’association Nouvelle Acropole a toujours lutté en France contre toutes les formes de fascisme et de totalitarisme, comme en témoignent ses écrits nombreux.

Pourquoi, enfin, qualifier les groupes de membres qui donnent leur temps, dans des activités de volontariat au profit de l’association et de la société, de paramilitaires ?

Quant aux accusations graves de néo nazisme, elles n’engagent que ceux qui les ont prononcées. Outre le fait qu’elles soient réfutées, elles sont outrageantes pour le Président Fondateur de Nouvelle Acropole en France qui est juif, ainsi que pour tous les autres membres juifs de l’association.

Les activités de l’association s’adressent à un public toujours plus fidèle, intéressé par l’étude comparée des philosophies d’orient et d’occident qui sont le patrimoine de l’humanité. La manière de traiter le sujet sous l’angle du sacré, peut surprendre. Mais nos sociétés désacralisées n’ont-elles pas la nécessité de s’abreuver aux sources de nos connaissances, pour se réensemencer, et trouver de nouvelles voies d’action et de transformation.

Nous invitons ceux qui veulent savoir ce qui se fait à Nouvelle Acropole, à assister à nos activités et à vérifier par eux-mêmes. Nos activités sont publiques et ouvertes à tous, ce qui leur dénie tout caractère sectaire.

Nous invitons aussi tous ceux qui veulent collaborer dans cette voie de réconciliation de l’homme avec lui-même, avec la société et avec le monde, à échanger et collaborer. »

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