Interview de Hélène Pariente sage-femme spécialisée dans les accouchements dits « respectueux du processus naturel ».

Posted on mai 6, 2013

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Seulement 72 sages-femmes déclarent en France pratiquer ces accouchements, selon une enquête réalisée par le Conseil National de l’Ordre des Sages-Femmes en 2008.

 Après une reconversion professionnelle, Hélène Pariente se consacre aujourd’hui à l’accompagnement des accouchements physiologiques, notamment à domicile. Rencontrée à son cabinet à Ramonville,  cette sage-femme revient sur sa vision professionnelle de l’accouchement «  respectueux du processus naturel ».

 

A 29 ans vous avez décidé de reprendre des études de sage-femme. Comment s’est passée cette reconversion professionnelle ?

Hélène Pariente- J’étais ingénieur en biomécanique, et paradoxalement, c’était le côté médical qui m’intéressait le plus. J’ai alors décidé de me diriger vers le métier de sage-femme. En 4ème année d’études, j’ai suivi un compagnonnage avec Doris Nadel, sage-femme libérale à l’initiative du projet des Maisons de Naissance en France. J’ai suivi les premiers accouchements naturels dans un hôpital en Ariège. Depuis, mes propres enfants sont nés à domicile. Depuis 2010, je suis sage-femme libérale à Ramonville où je partage un cabinet et les permanences avec Béatrice Ganil. Toutes les deux nous avons choisi d’ accompagner globalement la naissance à domicile. Il s’agit d’un suivi médical de la grossesse, la préparation et l’accompagnement de l’accouchement et de ses suites.

Qu’est-ce qu’un accompagnement dit « respectueux du processus naturel » ?

HP- Cet accompagnement respecte le processus naturel de la naissance. Sans le perturber nous vérifions simplement que tout se passe normalement. Cette pratique, qui suppose une bonne connaissance de la physiologie de l’accouchement, laisse agir le processus naturel hormonal sans intervention médicale.

Nous sommes là aussi pour accompagner dans le processus de devenir parents. Lors de l’accouchement, les femmes recherchent une alternative à la sur-médicalisation. Nous avons des compétences médicales par notre métier, mais nous les utilisons qu’en cas de problème. Nous ne suivons que les grossesses qui ne présentent pas de risque particulier.

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Photo Marion Rivette

Comment la sage-femme prépare t-elle la femme à l’accouchement?

HP- Du début de la grossesse jusqu’aux premiers jours après la naissance, la sage-femme et le couple entretiennent une relation de confiance. La préparation de l’accouchement se passe au cabinet. Je montre les diverses positions possibles pour faciliter la naissance de l’enfant. La mère sentira instinctivement le jour de l’accouchement la position adaptée. Je propose également une liste de matériels conseillée pour rendre plus confortable l’accouchement à domicile (serviettes chaudes pour accueillir le bébé, compresses d’eau chaudes pour la mère, alèses jetables, utilisation d’un ballon ou de la baignoire…) .

Lors de l’accouchement hors maternité, quel est le rôle de la sage-femme ?

HP- La femme est capable d’accoucher seule.  Nous sommes là pour vérifier que tout se passe bien. Nous restons pendant toute la durée de l’accouchement puis quelques heures après pour surveiller le nouveau-né et sa mère. Pendant une semaine, nous  venons tous les jours au domicile.  Ces couples recherchent un suivi personnalisé pendant plusieurs jours ou semaines si besoin, ce qui est rarement proposé en sortie de maternité.

Quels sont les responsabilités professionnelles de la sage-femme ?

HP- En cas de complications, nous apportons les premiers soins. J’ai du matériel de réanimation, d’intubation, de perfusion, des doses d’homéopathie. Des médicaments comme Syntocinon, pour stimuler les contractions.  En cas de complications, nous avons un partenariat avec la maternité Paul de Viguier à Toulouse. Le transfert vers un centre hospitalier permet souvent de bénéficier d’une péridurale.

Quel est l’impact d’un accouchement « respectueux » sur la relation entre la mère et l’enfant ?

HP-. La surmédicalisation peut interférer dans la relation entre la mère et l’enfant, tel un « filtre ». Quand l’accouchement est pleinement vécu sur le plan physique, émotionnel et psychologique, l’expérience est intense et l’instinct de protection maternel est préservé. La naissance naturelle transforme quasiment toujours la femme en mère et peut influer également sur le père. La façon dont se passe l’accouchement est déterminante pour la relation entre la mère et l’enfant.

Photo et interview par Marion Rivette

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