Deuxième séance : le cas Dupontel, intéressant, il l’est !

Posted on mai 28, 2013

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Son premier film en tant qu’acteur réalisateur est un court-métrage : Désiré, tourné en 1994.

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L’intrigue débute avec une vue plongée dans l’utérus de Mme Jacquinot, le 5 Juin 2050, à travers les yeux du futur bébé à naître. Puis le plan s’enchaîne dans un hôpital futuriste, section accouchements, rempli de machines incompréhensibles en tous genres, censées améliorer les conditions d’accouchement.

Directement, le décor est planté. Les docteurs beaucoup trop confiants, montrent à la mère à l’aide d’un mannequin morbide de bébé comment va se passer l’accouchement. Le bébé devra sortir du ventre de sa mère de façon chronométrée, puis avancer sur un tapis roulant où différentes machines vont le laver, le vacciner, couper le cordon ombilical, et d’autres manœuvres inconnues qui paraissent bien superflues. Dans le même élan il va tomber dans un couffin rempli de draps, où l’infirmière prendre la chose à la légère, et vit sa situation avec autant d’appréhension que si elle était en train de boire un coup dans un bon bistrot avec son mari, qui lui, filme bêtement tous les détails de la pièce, en cherchant ce qu’il pourrait bien s’y passer.

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Alors que le docteur et son assistante attendent tranquillement dans une autre pièce, dos à la mère, le compte à rebours sur l’écran leur dit que le bébé ne va pas sortir, la mère tente de les prévenir à grands cris que l’estimation de temps de la machine n’est pas bonne, et que le bébé est sur le point de naître. Manque de chance, la pièce est baignée d’une chaleureuse musique heavy métal répétitive, que le docteur avait mis pour la calmer, les empêchant maintenant d’entendre ses hurlements de détresse. Et son cher mari attentionné n’a pas non plus pris conscience de la situation car il est trop occupé à filmer sa propre tête en gros plan.

Et là, c’est le drame ! Le bébé sort expulsé de l’utérus et glisse de façon burlesque sur la table d’opération, sans que les machines puissent faire leur travail. Tout cela pour tomber in extremis dans la caisse couffin.

S’en suit un développement burlesque teinté de cynisme et d’humour noir, qui débouche sur une fin grandiose et absurde comme on les aime bien de la part de ce cher Dupontel.

En seulement 15 minutes Dupontel arrive parfaitement à décrire tous les travers de cette société future totalement déshumanisée, cynique, sans plus aucun repère moral ou religieux, et en fin de compte, complètement absurde d’automatismes et de capitalisme.

 La force de ce court métrage, c’est d’être aussi riche sur le fond que sur la forme. Dupontel nous livre un concentré de bêtise ordinaire, distillé dans une atmosphère futuriste qui arrive à être ringarde du point de vue des valeurs qui y sont prônées.

Sans parler de la qualité de l’esthétique qui arrive toujours à être mise en valeur malgré la crasse trop hygiénique, qui se dégage de ces lieux très structurés.

L’histoire est un cycle éternel, et les protagonistes de celle-ci le sont également, au sens où ils restent humains, terriblement humains. C’est indéniable, il y a bien un style et un univers Dupontel, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Désiré. Sortie 1994, réalisé par Albert Dupontel, avec Albert Dupontel, Philippe Uchan, Eric Elmosnino

Pour voir le court métrage, c’est par ici :

                                                                                  Adrien Raimbault

Posted in: Carte Blanche