L’Eveil indien

Posted on mai 31, 2013

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L’Inde fascine. Qu’elle nous interroge ou qu’elle nous effraie, la patrie  du Mahatma Gandhi éveille en nous tous les fantasmes. Pourtant, derrière les images figées de son folklore religieux, au-delà des luxurieuses façades de ses temples colorés, le pays se transforme. Talonnant la Chine, l’Inde poursuit son inéluctable essor… En grand connaisseur de l’Inde, Benoît Vidal, guide conférencier et globetrotter confirmé, nous rapporte quelques impressions.

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À quand remonte votre rencontre avec l’Inde ?

C’était en 1995. Informaticien de métier, j’ai décidé de prendre un congé sabbatique d’un an pour faire le tour du monde. J’ai vendu tous mes biens – sauf une dizaine de livres et de disques bien choisis – et je suis parti. Je n’ai pas fait un tour du monde complet mais j’ai voyagé de l’Egypte jusqu’aux Philippines, en passant par Tombouctou que j’ai rejoint en stop depuis Toulouse. En Inde, j’ai passé six semaines dans le nord, sur le territoire du Ladakh. J’y suis ensuite retourné six mois entre 2000 et 2001 pour faire un tour du pays. J’ai écrit un livre suite à mes voyages en Inde, « Au beau milieu d’à-côté », qui n’est pas un guide touristique mais plutôt un carnet de voyages. J’y parle de mes rencontres, de mes premières impressions de touriste…  En tant que guide conférencier, j’emmène des touristes en Inde depuis 2005. Pour partager le virus !

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L’essor de l’Inde, on le lit surtout dans les journaux. Est-ce que sur place, vous l’avez ressenti?

Oui, au niveau démographique surtout. Il y’a de plus en plus de monde dans les grandes villes : plus de voitures et moins de vaches ! Les publicités pour des objets informatiques sont partout. Si le coût de la vie augmente peu, en revanche, les chantiers se multiplient.

Quels freins perdurent face à cet essor de l’Inde ?

 D’abord, le désintérêt de l’Etat pour les populations paysannes. Dans la région du Bihar, au Nord du pays près du fleuve Gange, j’y ai découvert la vie dans les campagnes. En Inde, la moitié des habitants sont des paysans, qui vivent avec moins d’un euro par jour. L’autre problème, c’est la pollution. On le sait, l’Inde possède l’énergie nucléaire – avec Areva, La France y construit des EPR depuis des années – mais les routes restent en mauvais état et il y a beaucoup de coupures d’électricité. Le pays possède un grand potentiel d’énergies et d’intelligences, freiné malheureusement par la misère, la pollution et le manque d’infrastructures. L’Inde est encore loin de la mutation écologique.

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Quels sont les rapports de l’Inde avec l’Occident ? 

Depuis l’époque de la colonisation, les Indiens apprécient globalement la France, bien plus que l’Angleterre. A l’inverse des Britanniques qui ont colonisé les villes, les Français se sont implantés dans des lieux où il n’y avait presque rien. Sous De Gaulle, la France n’a rien dit non plus lorsque l’Inde a réalisé ses premiers essais nucléaires. Les Indiens restent néanmoins un peuple assez fermé. Dans les trains, il y a encore des wagons réservés aux étrangers. Les gens de condition basse sont timides, ceux de hautes castes plutôt fiers.

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On a beaucoup parlé de la femme indienne dans l’actualité, suite aux tragiques affaires de viols dans le pays. Aujourd’hui, quelle est  sa place dans la société ?

 Un texte sacré indien mentionne cette formule : « Le meilleur exemple de se représenter Dieu, c’est de regarder son mari ». La femme indienne n’est pas encore l’égal de l’homme, tout comme le système de castes divise les Indiens. Je pense encore qu’il vaille mieux être une femme en Iran qu’en Inde. Mais cela tend à évoluer avec la décentralisation du pays et sa libéralisation. On a vu des femmes de basse condition accéder au pouvoir dans certaines régions. On pourrait aussi parler de Sonia Gandhi -aucun lien de parenté avec le Mahatmata Gandhi-, la présidente du Parti du Congrès de l’Inde.

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Benoit Vidal, Photo de Camille André 

Qu’est- ce qui fait la force de ce pays, selon vous ?

L’Inde est un pays qui absorbe beaucoup. Ils ont absorbé les musulmans, les anglais… Ils ont absorbé le communisme, peut être absorberont-ils le libéralisme ? Les Indiens possèdent une philosophie très sophistiquée, une richesse artistique qui va bien au-delà de Bollywood, une intelligence dans les technologies de communication… L’essor démographique du pays demeure aussi un atout. L’émancipation par rapport aux castes est une réalité. On l’a vu avec les manifestations récentes : doucement, les femmes se réveillent et de plus en plus d’Indiens prennent conscience de leur force.

Par Jolan Zaparty

Posted in: Entretien